Ecrit à Alsting le 14 septembre 2024.
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Hommage
Ça fait 3 jours que le maître français du football romantique s’est éteint, à l’âge de seulement 66 ans. Didier Roustan était un commentateur français et historique du football, un journaliste passionné, un amateur éternel du jeu et des hommes.
Ils aimaient les joueurs écorchés vifs, les révoltés pour ne pas dire les révolutionnaires, et son action auprès des joueurs, sa passion de certains, l’ont démontré au fur et à mesure des années. Anti-football business, celui qui a traversé les décennies 80, 90, 2000 et 2010, n’a cessé de prôner l’humain, du « beau geste technique » à « la place du joueur dans la société », en passant par « la patte tactique et humaine » d’un entraineur. Et il s’est intéressé au peuple, celui des tribunes, celui des quartiers populaires, pour lesquels le football est la vie.
Il est parti rejoindre Thierry Rolland et Eugène Saccomano, qui, dans des styles différents, nous ont fait vibrer dans notre jeunesse, parce qu’alors le récit, le reportage, la sensibilité avaient plus de place, et peut-être de valeurs, que l’instant présent des matchs en directs du football business. Il est aussi allé rejoindre ses amis Maradona, Pelé, Beckenbauer, et quelques autres – qui eux aussi nous ont quitté récemment.
Pour nous, Didier Roustan restera l’homme des reportages des alors inaccessibles footballs italien et sud-américain, puis, plus tard, celui de la passion palabrée sur L’Equipe TV, en tant que "Président à vie".
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Sur les traces de Stevenborg
Imaginons que Didier se lance dans un reportage dans le club de Dagenham & Redbridge, repris l’an dernier par Gianni Infantino, après son exil. Et où Mickey Stevenborg, épaulé par son frère Francis, ou encore John Terry, Bodo Merzig, Julien François, Eric Pédat, Tamara Nemeth et quelques autres, a remonté l’équipe en League 2, la quatrième division anglaise, après une belle épopée.
L’interview
Didier Roustan : « Bonjour Mickey, encore un jour de pluie en banlieue est de Londres. Qu’est-ce qui vous a attiré ici, vous le luxembourgo-suédois ? »
Mickey Stevenborg : « Bonjour Didier, je suis très honoré, vous êtes un célèbre journaliste français. C’est une longue histoire. C’est surtout Christoffer Eriksson qui m’a contacté avec un dossier de reprise de club, sans me parler d’abord de Gianni (Infantino). Puis de fil en aiguille, j’ai compris qu’il s’agissait non seulement d’un beau défi humain et sportif, mais aussi d’une grosse organisation qui se mettait en place derrière l’ex-président de la FIFA ».
DR : « Et le côté sulfureux d’Infantino ne vous a alors pas freiné ? »
MS : « S’il y a eu des doutes au début, le professionnalisme et la passion de l’homme m’ont immédiatement séduit. Ça a même été une révélation. Le suisso-italien a aussi d’énorme qualité de conviction, voire de séduction… » termina-t-il en souriant.
Les deux hommes se tenait au milieu de la pelouse de Victoria Road, et poursuivait le dialogue autour des talents, des exploits et des sentiments, approche un peu inhabituelle pour l’entraineur, mais tout à fait naturelle pour l’intervieweur.
Didier et Mickey allèrent encore dans un pub de supporters au coin de la rue, où une réplique du Trophée FA remportée l’an dernier, trônait sur une banquette, et qui évoqua immédiatement des souvenirs émus à Mickey. Cette victoire avait été obtenue en même temps que l’accessit de National League en League Two, via les barrages. Les habitués, une pinte à la main, n’hésitaient pas à glorifier Mickey et, bien entendu, à refaire les matchs d’antan.
La rencontre
Dans ces quartiers, on sentait bien le football local, la passion des suiveurs, et l’esprit d’appartenance des jeunes – et le reportage de Didier Roustan le montrait, toujours sous un crachin local, mais qui rendait les témoignages encore plus naturels.
Près de l’impressionnant centre de formation, Didier finit par trouver dans un étonnant vestiaire vieillot Dündar Fünf, la plus récente recrûe arrivée au club. La complicité est immédiate, la rencontre des caractères fait mouche. Les discussions s’éternisent, et le reportage s’étire.
Avant de partir, c’est Gianni Infantino, président et co-propriétaire du club de Dag & Red, qui vient saluer la rock star, habillée tout de cuir. On parle bien de Didier Roustan, à la fois discret et incontournable dans la banlieue de cette grande ville de football. Les deux hommes évoquent l’agrandissement du stade, le partenariat récent avec Fulham, les futures alliances possibles, les principaux sponsors Sky Bet et Gazprom, les renforts en cours dans le staff avec un analyste du la performance et un analyste du recrutement, et finissent par se serrer la main, puis s’embrasser.
Didier Roustan quitte ensuite la banlieue londonienne, non sans envoyer des messages de remerciements à Mickey et à Dündar, puis encore un autre à Gianni depuis Gatwick. Ici, dans les terres où il est né, Didier avait senti le football qu'il aimait et les passions qui l'attiraient.

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