05 janvier 2025

31. For all Mankind

 Ecrit à la volée le 5 janvier 2025 à Ferney-Voltaire.

--

Edmond Wells

2173 ; Edmond Wells rassemble ses dossiers, il était temps de se connecter à la commission d'enquête pour clôturer cette affaire. Les reliques trouvées dataient des années 2020-2030, pour l'essentiel. Elles relataient de pratiques sportives très populaires appelés "football" et de de tout ce qui tournait autour d'elles, y compris ce qui était d'économique, social et politique. L'époque avait bien évolué, et la commission devrait le comprendre. Les styles "nostalgique" et parfois anti-moderniste qu'il avait du constater dans les textes semblaient à Wells comme devoir être réduits à un point de vue spécifique, tant les effets inéluctables également décrits semblaient avoir emporté l'époque.

Ce qu'il avait trouvé sur les clubs des Servette FC, du FC Bâle, mais aussi sur plusieurs autres clubs et organisations étaient fascinants, et semble en partie avoir été emporté, non seulement par la catastrophe du séisme, mais aussi par les guerres, les changements politiques, les révolutions. La période d'insouciance qu'il qualifia de "romantisme" s'était donc estompée.

Les notes de l'enquêteur

Dans son livre de notes, l'enquêteur conclut qu'il avait pu comprendre un peu mieux la passion "romantique" du football, qui avait tant emporté les esprits du 21e siècle. Que les archives vidéos avaient été impressionnantes, et que cette passion semblait manquer dans l'ère actuelle, robotique, artificielle, sans destin.

Téléfoot 2033

L'émission Téléfoot ouvrait depuis quelques années avec ce générique qui mettait si bien en valeur le but le coup-franc de 48m de "Michael Prodige". Mais pour cette émission, un bandeau noir était affiché. La mort dans l'âme, le vieillissant Grégoire Margotton et le toujours fringant Giovanni Castaldi annonçaient de concert "les derniers jours du football romantique". L'enterrement avait eu lieu la veille, un sombre samedi du mois de mai, avec une quantité incroyable de stars des années 70-80-90 et même 2000 réunies; celles qui restaient, bien entendu.

Alain Giresse et Didier Six, France-RFA 1982. Source: L'Equipe

Alain Giresse et Didier Six étaient là. Patrick Battiston aussi. Il devait bien cela à son ami, qui l'avait accompagné dans des temps si durs.

La foule portait des portraits de l'artiste déchu. Il y en avait d'autres, de Pelé, Cruyff  ou Maradona. Parmi les porteurs de cercueil, les plus affutés reconnurent Cantona, Papin et même Chris Waddle. La foule d'un million descendit les Champs Elysées, dans un pseudo-silence. La fin d'une ère.

Michel Platini et Patrick Battiston, France-RFA 1982. Source : Le Monde.

Après 60 ans d'émission, ce fut aussi le dernier épisode épisode de Téléfoot. Le football des abonnements aux chaînes payants avait définitivement gagné dans toute l'Europe.

Ainsi va l'humanité. Pourvu qu'elle se souvienne.

31 décembre 2024

30. Le dernier des Mohicans

 Ecrit le 26, 27 et 30/12/2024 à Alsting
--

Archéologie

Edmond Wells était tombé sur les dossiers non publiés. Dont un qui s’intitulait « Chapitre 1 : La conquête du PSG ». Il commençait comme ceci :

« Le franco-beneluxien et surtout néerlandophone Nicolas Bonne-Maison avait fait son business avec les paris en ligne sur le sport amateur dans les fédérations de Belgique et du Luxembourg. Quand il se lança sur le marché français se fut une réussite totale. Les "frouzes", comme il les appelait affectueusement, étaient friands de jeu et d'argent... Tenté par racheter le Lille OSC, c'est finalement sur le Royal Antwerp FC que se jettera le dévolu du businessman de 34 ans - en tout cas dans un premier temps. »

Wells saute deux paragraphes, et voilà que l’aventure s’accélère…

« Trois ans plus tard, après s'être diversifié dans les affaires et notamment en Asie du Sud-Est, il négocia avec QSI et l'état qatari la reprise du Paris Saint-Germain ; il faut dire que la machine quatarienne s'était grippée et usée à Paris, et n'avait pas atteint les objectifs de gagner une Ligue des Champions. Comme atout, Nicolas pouvait jouer la carte de l'amitié de l'ancien président de la République, Emmanuel Macron; et même si ce dernier ne cachait pas son admiration pour les rivaux de l'OM, il fut une aide notable pour finaliser la transaction. »

Wells avait compris que ce texte ne l’aiderait pas dans son enquête. Il lut encore quelques paragraphes plus bas, mais ça n’était même pas amusant. Le style un peu provoquant de l’auteur ne s’illustrait pas spécialement dans ces pages. Et là Wells ouvrit un nouveau chapitre qui semblait bien plus prometteur, puisqu’il parlait de la carrière de Mickey Stevenborg au Servette FC.

Henry, Mickey et les autres

Dans les faits, Metz, Servette et Torino s’étaient déjà rapprochés ; le premier tournoi s’était tenu à Genève l’été dernier, alors qu’Henry Stevenborg était intervenu à haut niveau, notamment auprès de Lewis Montcalm, le président de Heart, pour raccrocher les écossais des Heart Of Midlothian, et être à l’origine du fameux premier tournoi d’été accueilli et remporté par le Servette FC. Là, l’accord avec le légendaire Barcelone semble être solide. On renforçait durablement ce qui pouvait être appelée une alliance digne de ses concurrentes.

Mickey Stevenborg avait demandé à Hussayn Touati de faire encore une saison. Le joueur qui venait de raccrocher au Paris FC, avait aussi reçu l’appel de Valdo Fischer puis de Bérénice Julianne. Flatté, il rempilait. Mais seulement pour une saison. Affronter Barcelone dès le premier tour, dans un match disputé exceptionnellement à St Symphorien, ça valait qu’on se démène pour trouver des ressources humaines de poids et de renom. Et trois jours plus tard, Mickey ferait une annonce encore plus retentissante.

Luciano Bahamontes

Mikael Falk-Shapovalov, le capitaine n°1, serrait la main de Werner Scarer, le capitaine n°2. Ce match de football en salle recevait un ballon offert par Luciano Bahamontes, petit-fils de cycliste, et milieu défensif carrément infatigable, désormais à la retraite. « Le faucon de Séville », un homme loyal et fidèle, avait eu le temps de contribuer à lancer Toro dans ses exploits, avant de raccrocher à la fin de la saison dernière. Il se dandinait un peu quand il marchait, mais quel marcheur. 16 ou 17 kilomètres par partie, était son score habituel, son « KPI ». Il joue le coup d’envoi, salue la foule qui l’ovationne, ça y est le tournoi en salle de Madrid peut commencer. Et lui de s’éclipser.

Adepte de vélo, Bahamontes ne venait jamais à l’entrainement ni aux rassemblements en voiture. Luciano en a connu des époques, celle de « La Quinta del Buitre » dans sa petite enfance, celle du grand FC Barcelone, celles plus récentes de Vinicius Junior et Mbappé, lors de ses premiers contrats, ou de Fenwick et Scarer, en fin de carrière. Mais c’est uniquement au FC Séville qu’il a fait sa carrière, toute sa carrière, 23 ans de longévité dans le football professionnel. 23 ans en milieu défensif. Un ratisseur hors pair. Le duo avec le britannique Georges Monroe restera comme un duo quasi-imbattable. A Séville, il avait encore contribué à donner ses lettres de noblesses à Robbie Grass lors d’une double-confrontation contre Hambourg, mais ça, c’était une autre histoire à imaginer une autre fois.

Chapman & McAllister

Au plus profond de ses souvenirs, M se souvint de rêver de ces clubs où tout était possible, parce que le mystère y était conservé. L’imaginaire couvait une grande passion humaine. Il en allait de ce Leeds United du tout début des années 90 du siècle dernier, quand Lee Chapman et Gary McAllister entraient sur le terrain et les exploits s’enchainaient. Il y avait encore Gordon Strachan et il y eut l’arrivée d’Eric Cantona, le frenchie roi des fantasques, un idéaliste, un rêveur extrême, un romantique un peu (trop) radical. Mais quel charme !

Les feuillets s’égrainaient et l’imaginaire développait un effectif, une histoire, des exploits, bien avant Football manager et ses ancêtres. Les quelques rushs de la télévision et les rares pages de magazines enrichissaient cet imaginaire de foule chantante, de victoires et de héros. Et les pages papier s’égrainaient encore et encore… comme les pétales de fleur.

C’est un peu ça la base du football romantique, celle de héros édulcorés, celle d’un idéalisme humain cependant basé sur le collectif, la combativité, l’identité. Un drôle de mélange, dont le dosage est peut-être propre à chacun.

30 décembre 2024

29. Football Manager 2035

 Écrit aux bains de Saillon, le 25 août 2024.

Bains de Saillon, 25 novembre 2034

M vient de prendre sa chambre dans le 2e plus grand centre de remise en forme d’Europe, dont les installations se sont considérablement développées depuis quelques années ; les régimes politiques instables autour de la Suisse ayant contribué à la tendance. M revient 10 ans après sa première visite, mais aussi pour la 2e fois de l’année. La modernité du site est sans égale en Europe occidentale, et M apprécie à la fois le confort, les services de remise en forme, et le décor incomparable du Valais.

Après le bureau et la route, M décide de prendre un bon bain en chambre, avant d’aller déjeuner puis de pratiquer natation du soir, et recevoir des massages pratiqués par les meilleurs automates robotisés en la matière. C’est une des nouveautés de l’an dernier.

M fait couler son bain depuis l’interface en positionnant quelques curseurs, et fait apparaître les dernières nouvelles sur l’écran de 65 pouces de la chambre. Il installe ses affaires, puis décide de basculer sur une musique de relaxation, après avoir répondu à 2 questions simples, sachant que son profil est connu de longue date. Une mélodie douce de sifflements combinée à des bruitages naturels d’eau et d’oiseaux se met en route. Progressivement, on se croirait dans un décor de nature du grand ouest, il est vrai qu’M aime les westerns.

M demande à son réfrigérateur intelligent un Orangina sans glace et allongé. En moins de 2 minutes, la boisson est prête, et livrée en salle de bains.

La baignoire

M est prêt à entrer dans son bain, et pense immédiatement à baisser la musique d’un cran sur l’interface de l’écran de 42 pouces qui fait face à la baignoire. Il demande le chargement de la dernière édition de Football manager depuis l’interface Steam. En quelques secondes, sa partie sauvegardée depuis son automobile Alpine E-GT est chargée, en tant que Manager principal du club anglais de Dagenham and Redbridge. L’eau est à bonne température et la rasade d’Orangina est parfaitement délicieuse selon ses papilles. M peut désormais se détendre dans son bain. Bientôt, il annonce « accepter », ce qui, sur l’écran, a pour conséquence d’accepter la signature du contrat du Directeur Sportif du club, c’est à dire Johan Djourou. Un atout quand on sait les liens installés entre Dag & Red, Arsenal et Servette FC, pour renforcer l’équipe de l’Est londonien.

La partie de Football Manager

La partie de M avait déjà plus de 6 heures d’exécution, et la dernière heure en voiture avait été consacrée à des aménagements du stade, définir le nouveau maillot, engager un préparateur physique pour l’équipe U23, et un 2e recruteur pour l’équipe première. Une recruteuse, en fait, en la personne de Tamara Nemeth, la hongroise, qui valait de bons points marketing dans les médias anglais. Et ça avait son importance. Engager cette partie en 4e division anglaise avec la bénédiction du président fraîchement nommé Gianni Infantino augurait de profonds investissements. La prolongation immédiate du contrat de l’attaquant Israel Windoek avait d’ailleurs été une priorité pour M.

M demanda au passage à l’interface de lui trouver un clip vidéo plus récent d’Israel Windoek, ce que le moteur du jeu délégua au système d’exploitation intelligent d’Apple qui faisait tourner l’écran. En quelques instants, seize séquences vidéo différentes furent proposées. Plusieurs d’entre elles avaient été générées automatiquement à partir de documents récents. Peu importe, M voulait voir et apprécier la coupe mulet et la teinte de cheveux façon Jayce qu’arborait le joueur namibien ces derniers mois. Il fut contenté par la quatrième proposition qui montrait un attaquant solide et sérieux. « Installer » eut pour conséquence de remplacer l’ancien clip vidéo mis par défaut.

« Suivant » murmurait M, en se disant qu’il ferait mieux d’utiliser la palette étanche type souris implantée sur le bord de la baignoire. L’extension sortit d’elle-même, et immédiatement les commandes devinrent plus naturelles. Il remonta d’ailleurs le volume de la musique de fond. Après une nouvelle rasade d’Orangina, il fronça les sourcils en constatant que le gardien luxembourgeois Jan-Horst Merzig s’était fracturé la jambe. Certes, il y avait un autre bon gardien expérimenté, mais Merzig était quand même le grand espoir, allié à son avatar d’entraîneur Mickey Stevenborg, le suédois luxembourgeois à la tête de Dag & Red dans cette partie.

Un dernier Orangina ?

L’IA du jeu proposa via l’adjoint assigné à Stevenborg de recruter pour 6 mois un ancien gardien formé au club, qui servirait aussi les exigences de la New Geneva Cup - où au moins 8 joueurs sur 25 de ce tournoi de fin d’été en 5 tours doivent être formés au club. Voyons les caractéristiques de Tarek Najia. « Hum », « ignorer », pendant un instant, M reprend le contrôle en mode vocal. À la dernière gorgée d’Orangina, l’interface lui propose un deuxième verre. M clique sur « Non, merci », et consulte ensuite son effectif de gardiens. Il s’interroge à haute voix : « Avons-nous une alternative à ce gardien ? ». FM35 lui répond « voulez-vous un gardien formé au club ? ». M clique sur « oui ». L’écran de recherche se met à jour, non sans indiquer que l’intendant du club propose lui-même une alternative. M comparera les profils.

Sur l’écran une nouvelle question apparaît : « voulez-vous regarder le match d’e-Football en direct entre Shanghai SIPG et Manchester United ? ». Le match commençait dans 15 minutes, mais M était bien trop absorbé par sa partie de FM, et son agenda de remise en forme qui prendrait le relais dans l’heure qui suit. Il voulait d’ailleurs voir son équipe à l’œuvre contre Notts County dans le prochain match de préparation avant la New Geneva Cup. Peut-être l’occasion de remplir les plus de 7000 places de Victoria Road. « Jouer à Wembley attendrait encore » indiquait d’ailleurs un commentaire plein d’humour venant des réseaux sociaux. Sans doute un robot de Sport Interactive, mais peu importait. C’était dans l’esprit intelligent de la partie.


27 décembre 2024

28. Le discours d’une présidente

 Ecrit les 25 et 26/12/2024 à Alsting

--

Werner

Mike Scarer et son cousin Werner Scarer jouaient au FC Metz. Si Mike avait choisi un passeport français, Werner avait opté pour la version bénéluxienne. Selon lui, on ne pouvait pas rester insensible à l’appel de l’Union ni aux exploits de Henry Stevenborg aux JO de 2032, avec cette formation du lion dans son chant du cygne qui avait décroché une extraordinaire médaille d’argent. La première médaille d’argent depuis les Jeux d’Albertville, 40 ans plus tôt.

Bref, Mike, Werner et aussi Max, défendaient les couleurs de 3 nations différentes : Celles d’une France maternelle empêtrée dans les troubles politiques et sociaux, celles du Benelux, une nation qui essayait d’émerger portée une espérance de renouveau au Nord historique de l’Europe, et celles de la très traditionnelle Suisse, qui avait conforté sa neutralité dans un monde d’Empires naissants.

Dans ce contexte, Werner avait obtenu son statut professionnel à Nancy, avant de filer à Metz, contacté par un Sylvain Kastendeuch insistant. Bien que rarement sélectionné en équipe de jeunes de France ou du Benelux (deux fois une seule sélection), il avait quand même obtenu le Graal grâce à une belle première saison au FC Metz, qui remontait pour la nième fois en première division, après les succès de la fin des années 20 et les déboires du tout début des années 30. Pour le centenaire du club à la Croix de Lorraine, Werner jouerait non seulement en Première Division, mais, avant, irait disputer l’Euro avec le Benelux.

Le discours d’une Présidente

Helène Schrub prend le microphone ; c’est elle qui présidera désormais le FC Metz, tout en restant dans les conseils d’administration de l’AS Nancy Lorraine et du RC Strasbourg Alsace. Trois des clubs de la première division, rivaux sportifs mais associés dans une nouvelle ère où les rivalités ne sont plus seulement sportives ou culturelles ; Schrub risquait les critiques de conflits d’intérêts et d’arrangements. Ce n’est pas pour rien que Sylvain Kastendeuch devenait Président-délégué, que Grégory Proment devenait Directeur Sportif, et que Mme Vaillant resterait au seul conseil d’administration du club lorrain. Les autres investisseurs normand (toujours Triskell), beneluxiens (amstellodamois et liégois), des représentants italiens et suisses n’étaient pas loin, et la présence d’Adel Olazabal pour les accords de prêt barcelonais marquaient la solennité du moment. Les frères Gilis pour Seraing, et même Laurent Platini, président de l’ASNL en devenir, complétaient le plateau.

Quant à lui, Francis Stevenborg, pressenti comme Entraineur Adjoint à Metz, était en train de se dire qu’il n’était pas prêt. Il choisirait finalement l’offre du RFC Mons, attiré par une espèce de destinée incontrôlable. Il fallait aussi s’émanciper, et ne pas bourlinguer trop près des père et frère commençait à devenir une nécessité pour le toujours jeune homme de 35 ans.

Au commencement…

Schrub regarda Kastendeuch, puis Proment, puis Mickey et son frère… tout le monde était paré. Et elle commença son discours par une expression biblique « Au commencement était le verbe… ». Le FC Metz allait initier une démarche de regrouper les clubs grenat pour imiter les mouvements anglo-saxons, et ne pas rester à la remorque des développements économiques et sportifs du siècle.

La caméra fit un zoom arrière et on découvrit en ligne les images de certains joueurs comme Joseph Nduqini et Cyprien B., toujours fidèles, Jean-Michel Moris, le premier renfort annoncé il y a quelques jours, Greg Nowak, encore un luxembourgeois, annoncé dans la foulée, et Laurentiu Stevanovic prêté par Servette pour une demi-saison.

Les frères et cousin Scarer étaient tous là, bien que Max n’eût pas de contrat en Lorraine, et était plutôt attendu à Dortmund, dans la nouvelle Alliance Hanséatique. Mais tout le monde était toléré.

Schrub discourait encore, exhortant à prolonger un football humain dans un monde très automatique, quand un murmure prit le dessus dans l’ambiance feutrée de Saint-symphorien, à l’apparition de Bérénice Julianne. C’est elle qui prendrait les rênes de la vice-présidence à la coordination de l’Alliance Grenat. Schrub passa la parole à Julianne, dont la voix feutrée et posée enveloppa la salle de presse de 200 places et rendit encore plus attentifs les journalistes français et étrangers. Margotton et Wakker étaient là, d’ores et déjà prêts à jaillir pour la séquence de questions-réponses.

La dirigeante messine, toujours PDG du Crédit Mutuel, reprit la parole. L’ère de « L’alliance des Clubs Grenat » ne serait vraiment lancée qu’avec un grand tournoi international, avec de multiples rapprochements, des discussions toujours en cours, et déjà un impact sur l’effectif messin. Mike et Werner avait bu les paroles du Docteur en psychologie sportive, et ils se plongeaient à nouveau dans les yeux profonds de « la Présidente », cette dame blonde qui avait changé la destinée du football lorrain, celui du Grand-Est, et un peu au-delà. Sous le charme, ils se voyaient bien rester encore quelques années, à moins que leurs agents…

La photo

Hélène Schrub voulait conclure pour passer aux questions des journalistes, elle eut un moment d’hésitation. Une pensée traversa son esprit. Elle fit maintenant monter Kastendeuch et Proment, des figures du football messin des années 80 et 90, des joueurs qui avaient pris le pouvoir… comme dans les orientations de l’époque de Platini à l’UEFA, pourtant si peu mises en pratiques. Et voilà donc cette photo de Schrub, Kastendeuch et Proment tout sourire, un trio grenat pour l’éternité. Celle des journalistes et des caméras. Helène avait réussi son coup, et éviterait peut-être les critiques.

La décision

Depuis son écran à Alexandrie, Michaela Zahia avait décidé de mettre fin à sa carrière d’arbitre. La spectatrice était devenue actrice. Elle estimait qu’un relais était passé.


26 décembre 2024

27. La dernière arbitre

 Texte écrit le 2 Novembre 2024 à Ferney-Voltaire

--

L’IA

Bien du chemin a été parcouru depuis Deep Blue. On en est à Zahia 3.14.15 dans les matchs de football internationaux. Par un hasard incroyable, l’IA arbitrale de ce match porte le même nom que l’arbitre de cette rencontre de la zone Grande Afrique. Cette arbitre de nationalités israélienne et égyptienne de ce match de football très particulier porte le patronyme de Zahia, elle aussi. Michaela Zahia, une ancienne mannequin de 37 ans.

Le coup de grâce

Des années ont passé depuis les premiers essais, depuis Mors Brentaniello, depuis que la zone Grande Asie a supprimé les arbitres. Toute la planète avait suivi, avec l’UEFA et la zone Grande Afrique qui avaient trainé des pieds. Mais voilà, on y arrive.

Michaela Arabella Zahia et son mètre 98, ses cheveux noirs très longs, son regard froid, tout était réuni pour impressionner. Elle n’aimait pas être déjugée par l’IA arbitrale et ses probabilités. Mais voilà, il fallait bien y arriver. Et devant 120 000 spectateurs en furie dans le stade Mouammar Kadhafi de Tripoli, Zahia et Zahia donneraient le coup de grâce à l’arbitrage humain dans le football professionnel.

L’avenir

Michaela savait qu’elle trouverait une place à l’abri des émeutes dans les tours d’ivoire de la fédération internationale à Zurich ou à Shanghai. Elle était célèbre et impressionnante, ce qui n’avait pas manqué de lui réserver une carrière prometteuse, pour les institutions footballistiques. Mais, il était à parier que le terrain lui manquerait. L’adrénaline de la confrontation physique, entre complicité, jauge et affrontement, avec des épreuves de force de plus en plus difficiles, parfois.

Michaela

Elle entra sur le terrain avec sa tenue blanche et écarlate, majestueuse, comme l’avait voulu la fédération. Elle serra les mains des capitaines, Al Rachid Zebayev (Entente Sportive Impériale de Sétif) et Bongo Chan (Rivers United). Les deux empires africains, tout de Vert vêtu d’un côté, et Jaune et Noir de l’autre, allait lancer toutes leurs forces dans la bataille de cette finale. Michaela aura du travail. Beaucoup de travail. Mais Zahia serait là aussi, et il serait facile de lever les fines épaules de l’ex-mannequin pour signifier que la décision viendrait d’ailleurs, et elle s’imposerait à tous.

Michaela sera bien bousculée deux fois dans la rencontre, faisant intervenir les robots policiers. Deux footballeurs seront expulsés. La routine. Et le public dans sa cage aura lâcher sa furie, avec des centaines d’arrestations. Ce monde-là n’était plus celui que Michaela avait idéalisé. Il était donc temps de raccrocher.


31. For all Mankind

 Ecrit à la volée le 5 janvier 2025 à Ferney-Voltaire. -- Edmond Wells 2173 ; Edmond Wells rassemble ses dossiers, il était temps de se con...