Ecrit le 24.11.2023 à Ferney-Voltaire.
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Un drôle d'oiseau
Mikael Norbert Noël Falk-Shapovalov était un drôle d’oiseau comme footballeur. Pour commencer, il était né un vendredi 13 de 2003, et disposait de quatre nationalités, grâce à quatre grands-parents d’origines différentes. Avec un père danois, mais aussi belge, et une mère canadienne, mais aussi grecque, ce garçon plutôt enjoué avait une culture internationale tout à fait remarquable. Quand, à 16 ans, ses parents déménagèrent pour affaires en principauté de Monaco, le garçon d’1m88 passionné de football atterrit naturellement à l’AS Monaco.
Ce voyageur invétéré restera pourtant 8 saisons consécutives en Principauté, et y joua à 19 ans son premier match professionnel. La suite sur le rocher fut plus difficile, et Mikael eut d’abord bien du mal à se faire une place dans une équipe relevée. Avec l’entraineur Adi Hütter notamment, il ne figura que 7 fois en championnat sur deux saisons, et ne compensa à peine qu’avec 5 matchs de coupe et 4 apparitions en amical. Aligné quelques fois en réserve, Falk-Shapovalov songeait alors à quitter le Rocher.
Le rocher
A partir de 2025, les choses vont progressivement changer. L’arrivée de Djibril Sidibé comme entraineur eut un effet de déclic. L'adjoint Bodo Merzig le prenant sous son aile, le quadri-national fut aligné assez régulièrement dans l’entrejeu, soit dans l’axe, parfois sur le côté droit. Son manque de vitesse le ramènera régulièrement dans l’axe où sa technique moyenne et son bon coup de patte permettait d’alimenter raisonnablement l’attaque monégasque, en championnat comme en Coupe d’Europe. Malheureusement, une blessure grave au pied droit lors d’une descente de bus complétement gaguesque, l’écartera encore quelques mois des terrains. Et jusque-là, le grand public n’avait pas encore remarqué l’étrange Monsieur Falk-Shapovalov.
Sélectionné en jeune en équipe du Danemark, Mikael finira par choisir la sélection canadienne, légèrement plus accessible à cette époque. Il commencera à cumuler les rendez-vous internationaux à partir de 2026, lors de son retour de blessure gagnant. Il disputera la Coupe du Monde 2026 en partie joué dans son pays, avec, comme point d’orgue, un Canada – USA qu’il marquerait de sa patte. Et les choses vont s’accélérer pour lui en Principauté pour sa dernière saison en Rouge et Blanc.
L'étonnante saison
Lors de cette fameuse saison 2026-2027, Mikael Falk-Shapovalov, 23 ans, vivra une série d’événements exceptionnels absolument historiques. Il rentra en jeu lors de la première journée et écopa d’un carton jaune au bout de 7 secondes. Le record de la saison. Les choses étaient déjà drôlement parties pour lui, qui souhaitait se stabiliser en milieu de terrain relayeur, « box-to-box » comme on disait communément. Sidibé ne le considérant pas comme un titulaire absolu, Mikael devait se battre à l’entrainement, et sa combativité finit par avoir pour conséquence un coéquipier à l’épaule déboitée avant le premier match de Coupe d’Europe de la saison contre Moenchengladbach.
Sidibé, contrarié, le mit sur le banc, mais Mikael entra à la 63e minute - une suggestion de Bodo Merzig, encore une fois. A la 65e minute, il avait mis un but contre son camp, puis à la 81e il avait égalisé – ce que le public français lui avait crédité comme une distinction remarquable dans un match moyen par ailleurs. Intrigué, Sidibé finit par l’aligner dans le match de championnat suivant contre Troyes. Celui-ci se termina par 5-3 pour les monégasques, avec… 5 buts de Falk-Shapovalov. Et c’est à l’issue de cette rencontre que l’équipe titra « Michael Prodige », avec une faute dans son prénom adjoint d’un nom d’emprunt plutôt élogieux.
Il fut également un des acteurs d’une scène inoubliable dans un match de championnat contre Le Havre, alors qu’il avait parfaitement placé un coup-franc qui fut finalement détourné par… un chien sorti de la foule qui avait sauté de derrière les buts pour s’emparer du ballon. Scène tragi-comique pour les supporters de son club et les spectateurs d’une rencontre pluvieuse et insolite.
Quelques semaines plus tard, alors qu’il figurait la plupart du temps dès l’entame de match, il marqua en Coupe de France un coup-franc de 48 mètres contre Louhans-Cuiseaux. Grégoire Margotton en avait fait le but vedette de la séance de Téléfoot, et l’inscrivit même dans le dernier générique de l’émission. Et cette folle saison n’était pas finie. Quelques semaines plus tard, Monaco rencontra le Paris Saint-Germain en Quart de Finale de Coupe de France. Et qui marqua le but de la victoire en Prolongation sous un tonnerre d’applaudissements ? « Michael Prodige » bien sûr.
Auteur d’un corner direct contre Auxerre, l’ami « Prodige » se vit expulser pour avoir enlevé son maillot, alors qu’il avait déjà écopé d’un carton jaune. Et son équipe perdit le match lamentablement, alors qu’une victoire l’aurait ramené dans le trio de tête en championnat. Mais Sidibé ne pouvait plus faire abstraction de l’intérêt médiatique que présentait désormais le joueur, tout autant convoité. Merzig en avocat de la défense, Falk-Shapovalov aurait des jours meilleurs.
Un tir au but légendaire
C’est le vendredi 13 février 2027 qu’il joua finalement son plus beau coup. Dans le match retour de Ligue Europa Conférence contre les Turcs de Fenerbahce, Mikael qui était rentré en cours de deuxième mi-temps, égalisa, doubla la mise et envoya les deux équipes en prolongations, alors même qu’il venait de dégager de toute ses forces un ballon qui termina dans les bras du Prince Albert. Le Stade Louis II était en fusion.
Ce sont les tirs aux buts qui départageront les deux équipes. Et à ce petit jeu, Mikael était volontaire, mais Sidibé lui préféra 5 autres tireurs. Une fois la série des cinq premiers tireurs passée, on était toujours à égalité. Autant dire que la soirée hivernale était tendue sur la Côte d’Azur autour de cette rencontre de football endiablé. Mikael se proposa sous les attentions des caméras de télévision, mais rien n’y fit. Ce fut le gardien vétéran suisse Köhn qui eut le droit de tirer, et il rata alors que son homologue turc avait écrasé son tir sur la barre. Cette fois, poussé par Bodo Merzig, Mikael aurait sa chance et le public y crut, puisque le défenseur turc qui ouvrait la série avait alors tiré au-dessus des buts de Köhn.
Et là, le coup de pied de Mikael fut à nouveau mythique. Il frappa très fort une balle qui toucha le poteau droit sous la transversale, puis le poteau gauche à mi-hauteur après avoir été déviée par la tête du gardien, Boussad Benamour. La scène d’une seconde et demie à peine était déjà remarquable, mais la balle roula encore le long de la ligne avant de toucher légèrement le poteau droit, à nouveau, comme une balle de golf. Et le sort choisit qu’elle franchisse alors ligne dans un quasi-silence sidéré, où Louis II finit tout de même par exploser de joie.
Encore des gags
Monaco était qualifié et finirait même la saison plutôt bien avec une finale de Coupe de France et une Demi-finale de Coupe d’Europe. Même s’il parvient à envoyer un autre ballon en tribune dans les bras de la Présidente de la République lors de cette finale, la saison de « Michael Prodige » redevint quelque peu quelconque. Exception peut-être lorsque ce Gaston Lagaffe envoya encore à l’hôpital un grand père en tribune qui avait pris en pleine tête un de ses boulets de canon. C’était alors le 1er avril.
Falk-Shapovalov rejoignit alors Stuttgart, puis Odense en prêt. Il fit une carrière de nouveau moyenne à Anderlecht, où on avait placé un peu trop d’espoirs en lui, puis à Vancouver où il finit sa carrière dans l’anonymat, en n’ayant finalement accumulé que 17 sélections avec le Canada.
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