16 novembre 2024

07. Henry Stevenborg, l'interview.

 Ecrit le 5 mai 2024, à Ferney Voltaire.

--

Brian Wakker de la RTS s'entretient avec Henry Stevenborg, l'entraineur suédois du Servette FC.

Ça fait bientôt deux ans et demi que l'homme du Nord devenu francophone a pris en main le club genevois. S'il a cultivé du mystère, il s'est livré quelque fois sur les pelouses ; et on peut dire qu'il a redonné à Servette une certaine prestance.

L'homme du Nord

BW: "Bonjour Henry, nous vous accueillons pour cette interview exclusive, le lendemain de ce match historique contre le Celtic de Glasgow. Comment allez-vous ?"

HS: "Bonjour Brian, je vais très bien, merci."

BW: "On sort d'un match historique, le 6e tour de ce groupe de Champions League, où, pour la première fois à ce stade, vous vous êtes confrontés à Manchester City, au Paris Saint-Germain, et au Celtic de Glasgow. Quelles sont vos impressions ?"

HS: "Oui, à propos de ce dernier match, on a vécu quelque chose de fort. On a montré qu'on n’avait pas complètement démérité ; et que même si Celtic a un très haut niveau, on a su élever notre jeu. Le but de Timo a libéré le stade, celui de Breel a donné un espoir fou, et celui de Willem a fait exploser la liesse"

Le match du Servette contre le Celtic, en Ligue des Champions

BW: "Vous voilà poète ?"

Le passionné

HS: "Quand on vit une rencontre d'une telle intensité, une expérience si forte avec le public, je crois que ça marque une carrière. Ce match m'a marqué, et j'en parle avec une vraie passion."

BW: "On ne vous connait qu'assez mal, mais depuis quelques temps, vous vous livrez davantage. On vous a vu avec vos fils sur un cliché de fin de rencontre, en présence de Jock Stein, l'entraineur de Celtic. Qu'est-ce qui fait que vous vous livrez plus ?"

HS: "... la Passion, sans doute. Je viens de Scandinavie, un pays de culture réformée, on a davantage de retenue avec les choses ; quand ici c’est un peu… méditerranéen parfois. Je préfère me livrer dans le travail quotidien. Mes fils Mickey et Francis étaient toutefois heureux de poser avec un entraineur de renom."

La Rome protestante

BW: "Dans la cité de Calvin, vous avez donc trouver de quoi stabiliser votre parcours ? Je rappelle que vous avez entrainé plusieurs clubs suédois, puis le club de Dagenham and Redbridge. C'est une rencontre avec Didier Fischer, qui a conclu à votre arrivée. Un mot sur votre parcours ?"

HS: "Un parcours très simple, j'ai commencé par être joueur-entraineur dans mon village, où mon père était maçon et ma mère institutrice, puis j'ai entrainé le club de la ville d'à côté, et je me suis retrouvé adjoint de Malmö FF. A 37 ans, j'avais besoin de voir autre chose, et ce poste à Dag & Red en Vanarama National League a été une superbe opportunité. Je parlais bien anglais, et on avait joué un match amical contre eux. Le président Peter Freund avait une tante suédoise, on a sympathisé, et un an plus tard, je me retrouvais dans la banlieue londonienne. Avec Didier Fischer, ce sont des amis luxembourgeois communs qui nous ont mis en contact. Et après deux saisons à Londres, Ben Strevens voulait devenir Manager, il le méritait. J'ai donc pris la décision de quitter pour une ville a priori plus calme, Genève. Je n'y étais jamais venu avec Didier m'y accueille. J’ai toutefois gardé un temps mon rôle de sélectionneur luxembourgeois."

BW: "Et donc vous prenez le Servette qui s'était déjà remis des déboires du passé, mais qui avait besoin d'un coup de boost pour s'installer devant en Super League. Quelle a été votre recette pour devenir deux fois champions et remporté deux fois la Coupe Suisse en seulement deux saisons ?"

HS: "Je ne connais que le travail. Il y aussi un peu d'organisation, avec un renforcement du staff, la stabilisation tactique. Il était clair que le 4-3-3 pratiqué auparavant correspondait le mieux à l'équipe. Les recrutements étaient quasiment tous fait la première saison quand je suis arrivé, je me suis donc concentré sur les points que je viens de vous citer."

BW: "Et dans la surprise générale, vous devenez champions ?"

HS: "Oui, la mienne aussi. J'avais été champion avec Malmö et Daggenham, mais nous étions favoris. Là, on était programmés pour être 4e, mais les joueurs se sont pris au jeu quand Bâle et Young Boys perdaient de l'énergie en Coupe d'Europe; et alors que Tottenham nous avons empêché de faire les poules de Conférence League. La victoire contre le Sporting en New Geneva Cup, début Septembre avait forgé un groupe solidaire. Puis on a fait une série de victoires incroyable...  Il faut se rappeler que dans cette compétition estivale à Meyrin, on avait éliminé le PSG !"

L'Européen

BW: "Effectivement, vous avez été invaincus jusqu'en mars, où vous perdez 0-1 à Berne, et où vous déclariez: 'Maintenant ça va être dur !'. Mais vous aviez une telle avance, que vous terminez deux points devant le FCB. C'était déjà une sacrée consécration que ce titre !"

HS: "Oui, la victoire en Finale de Coupe suisse, aussi contre Bâle, avait montré que ce n'était pas démérité. Ce jour-là, je me suis dit que finalement, notre groupe de joueur valait bien la 1ère place au classement. Et des joueurs comme Kutesa et Crivelli avaient vraiment fait la différence."

BW: "Puis vous remettez ça, la saison suivante..."

HS: "... tout en jouant l'Europa League, dont nous dominons clairement le Groupe. Ce qui nous a donné confiance. Même les stars naissantes de Grasshoppers et St Gall, ne nous ont pas stoppés...", dit-il en souriant.

BW: "Cette génération de nouvelles stars du football est-elle en train de changer la donne dans le championnat suisse ?"

HS: "Je le crois. Les Sauterelles ont terminé 3e l'an dernier, entre Bâle et YB, alors que St Gall a raté l'Europe pour seulement 3 points. Aujourd'hui, les deux clubs sont entre Bâle et nous au classement. Un Zamorano ou un Abegglen ; ça vous change une équipe."

BW: "Mais vous avez plusieurs matchs de retard !"

L'homme modeste

HS: "Oui, on a joué que 9 matchs, on a perdu des points, et suivre le rythme des Bâlois va être difficile."

BW: "Vous êtes bien modestes. Le FCB dispose de 29 points après 12 matchs, et vous êtes la seule équipe qui les a battus. Vous en avez 21, et vous êtes invaincus."

HS: "On a perdu de l'énergie en Coupe d'Europe, à notre tour. Pourtant on a un contingent élargi."

BW: "Et d'autres joueurs arrivent. Apparemment Imeri ferait son retour en janvier, on parle encore de Lautaro Valenti, et peut-être d'Octavian Popescu."

HS: "Pour Imeri et Valenti c'est confirmé. Pour Popescu, on négocie encore, et ce serait plutôt pour la saison prochaine."

BW: "Avec Valenti, vous renforcez encore votre défense !"

HS: "Oui, avec un joueur puissant et rigoureux qui connait la Serie A; et on se prépare à d'autres mouvements."

BW: "Lesquels ?"

HS: "Nos joueurs sont prisés. Certains sont doublement champions et brillent en Champions League. Ils sont attirés par les grands championnats. On ne les retiendra pas longtemps, c'est le destin du championnat suisse."

BW: "Vous allez rester à Genève après cette troisième saison ?"

HS: "Je suis concentré sur la saison, j'ai encore deux autres années de contrat; pour l'instant, je suis parti pour les honorer. Mais je ne suis qu'un entraineur."

Le manager

BW: "Oh, vous êtes aussi un manager qui a le pouvoir sur tout le sportif."

HS: "Oui, et je le dois à Didier. Georg Heitz est directeur sportif, mais on travaille ensemble sur tout le sportif et la formation. Ça me convient."

BW: "Henry, nous touchons à la fin de cette discussion. Quels sont vos pronostics pour le championnat et la coupe cette année ?"

HS : « Je n’aime pas trop les pronostics. On fera au mieux, en continuant à développer l’équipe et son encadrement. »

BW : « On en attend un peu plus de vous ; allez-vous être champions ? »

HS : « On a désormais la chance de faire partie des privilégiés trop rares qui peuvent briguer des titres ; ce qui est l’apanage d’une ou deux équipes, très souvent dans les championnats européens. Depuis notre premier titre, il y a deux ans, on veut donc défendre ce qu’on a acquis. C’est notre honneur de le faire, et on le fera en toute humilité. Je suis un homme de travail."

BW: "Merci Henry, et de joyeuses fêtes à vous."

HS: "Merci Brian, de belles fêtes de la St Nicolas, aujourd'hui, et de Noël, à venir."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

31. For all Mankind

 Ecrit à la volée le 5 janvier 2025 à Ferney-Voltaire. -- Edmond Wells 2173 ; Edmond Wells rassemble ses dossiers, il était temps de se con...